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Col de la Forclaz

  • Altitude : 1528 mètres
  • District : Martigny
  • Région : Canton du Valais
  • Catégorie : 1

Montée depuis Martigny :

Distance : 13,3 km – Dénivelé : 1058 mètres – Pente moyenne : 7,9 % - Pente maximale : 9 %

  • Longueur : /5
  • Paysage : /5
  • Difficulté : /5
  • Trafic : /5

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Location de vélo :

A paraitre

La leçon de Maitre Jacques (10 juillet 1963)

Au départ de cette 17ème étape du Tour 1963, Jacques Anquetil ne porte toujours pas le maillot jaune. Le parcours de cette édition lui est moins favorable en raison d’un tracé plus montagneux et du raccourcissement du kilométrage des contre la montre sur lesquels le français a construit ses succès de 1957, 1961 et 1962. Les organisateurs souhaitent limiter la domination d’Anquetil et favoriser les grimpeurs.

Le terrain proposé aux coureurs entre Val d’Isère et Chamonix avantage le maillot jaune Bahamontes par rapport à son dauphin Anquetil revenu à 3’’ au classement général. Le début d’étape propose l’ascension du col du Petit puis du Grand Saint Bernard que Bahamontes franchit en tête. Cette étape qui effraye les coureurs par sa difficulté pousse les acteurs à la prudence ce d’autant que la pluie et le froid accompagnent les coureurs depuis Val d’Isère. 4ème au classement général, Raymond Poulidor allume la première mèche en attaquant dans la longue descente du Grand Saint Bernard mais le vent défavorable fait avorter sa tentative, le limousin est rejoint avant d’entrer dans Martigny. Le peloton arrive groupé au pied du col de la Forclaz dans lequel Bahamontes attaque en prévision du contre la montre de Besançon qui lui est défavorable. Poulidor qui paye les efforts consentis dans le Grand Saint Bernard est décramponné et perd définitivement le Tour en finissant l’étape à la 17ème place à 8’23’’ du vainqueur.

forclaz Tour de France 1

Moins bon grimpeur que l’espagnol, le triple vainqueur du Tour qui n’a jamais franchi un seul col du Tour de France en tête malgré cinq succès se doit de résister aux attaques de l’aigle de Tolède.

Au pied de l’ascension du col de la Forclaz, Raphael Geminiani informe le seinomarin qu’il utilisera un autre vélo pour bénéficier d’un braquet réduit de 42*26. Mais le changement reste interdit en course en 1963 si l’on excepte les incidents mécaniques.

« Vers un changement de règlement »

A Martigny, son câble de dérailleur est sectionné par la pince de son mécanicien Louis Debruckère qui fait partie du plan du directeur sportif. Jacques Anquetil (de la Comédie Française) simule un incident mécanique sur son vélo dans le but de se doter d’un vélo au cadre plus léger sur lequel a été monté un petit développement. Le commissaire de course qui fait la sieste après avoir terminé le p’tit quart de rouge présent dans la musette du déjeuner ne remarque pas le numéro de l’équipe Saint Raphael-Gitane. Anquetil contourne ainsi le règlement qui interdit tout changement de vélo en course*.

Le normand résiste aux nombreux démarrages d’un maillot jaune étincelant qui n’arrive jamais à prendre plus de 50 mètres au français qui revient inlassablement au train. Cette ascension illustre les progrès du tenant du titre en montagne. Au sommet, « la Caravelle » reprend son ancien vélo pour mieux préparer le sprint. De plus en plus nerveux et agacé, Bahamontes qui prend d’importants risques pour lâcher Anquetil chute dans la descente. Son rêve de gagner à nouveau la grande boucle à l’âge de 35 ans prend fin. Le leader de l’équipe St Raphael-Gitane fait coup double en remportant une seconde étape sur le Tour 1963 et en endossant le maillot jaune sans être sanctionné. C’était la leçon de Maitre Jacques qui gagnera son 4ème Tour de France en établissant un nouveau record qu’il portera à cinq l’année suivante.

Ce grand amateur de champagne et de bière qui avait déclaré qu’il ne buvait pas d’eau parce que son estomac ne le supportait pas reste l’éternel premier : premier vainqueur de cinq Tours de France, premier français vainqueur du Giro, premier coureur à remporter les trois grands Tours. Peu avant sa mort qu’il juge inexorable, Anquetil confie à son grand rival Poulidor avec lequel « il a perdu 15 ans d’amitié » : « Il te faudra encore te contenter de la deuxième place, je vais partir le premier » **.

Jacques Anquetil est il le plus grand coureur de l’histoire ? Sur quelle marche convient-il de le placer par rapport aux deux autres monstres sacrés qui ont également dominé une décennie Eddy Merck (années 70) et Bernard Hinault (années 80) ? A cette question impossible qui mêle époques différentes, adversité dissemblable, âge du sondé et subjectivité je réponds 1-Bernard Hinault 2-Eddy Merckx et 3-Jacques AnquetilAnquetil et 4-Sandy Casar.

forclaz Tour de France 2

*Malgré la double réclamation des directeurs sportifs de Raymond Poulidor et Frederico Bahamontes, le délit ne sera jamais établi. Soucieux d’éteindre la polémique, les organisateurs autoriseront à partir de 1964 tout changement de vélo en course

**1987, l’amitié vraie de Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, Eurosport

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