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Pra Loup

  • Altitude : 1630 mètres
  • Département : Alpes de Haute Provence (04)
  • Région : Provence Alpes Cote d’Azur
  • Catégorie : 2

Montée depuis Barcelonnette :

Distance : 9,5 km – Dénivelé : 930 mètres – Pente moyenne : 5,6 % - Pente maximale : 10 %

  • Longueur : 2/5
  • Paysage : 2,5/5
  • Difficulté : 2/5
  • Trafic : 2,5/5

9/20

Location vélo : Loutousport à Guillestre

Située au cœur de la vallée de l’Ubaye, Barcelonnette propose un terrain de jeu sans équivalent (Allos, Vars, Cime de la Bonette, Cayolle, Pra Loup) si l’on excepte St Jean de Maurienne (Chaussy, Mollard, la Toussuire, Croix de Fer, Télégraphe, Madeleine, Glandon) et Bourg Saint Maurice (Val d’Isère, Tignes, Petit St Bernard, les Arcs, Cormet de Roselend). Barcelonnette aux accents hispaniques dont l’histoire reste liée à l’exode mexicaine de ses villageois au XIXème siècle forme une enclave colorée au cœur des Alpes du Sud.

Quand on évoque Pra Loup, on pense immédiatement à l’insurrection menée par Bernard Thévenet qui a mis fin sur ces pentes surchauffées en 1975 au règne d’Eddy Merckx. Bien que fortement liée à l’histoire du Tour depuis cet été là, cette station de sports d’hiver des Alpes du Sud n’a accueilli par la suite la grande boucle qu’à deux reprises en 1980 puis en 2015 pour célébrer les 40 ans de la victoire de Bernard Thévenet.

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En quittant Barcelonnette par l’ouest, la route décrit une grande courbe sur la gauche qui permet de bien s’échauffer pendant 3 kilomètres jusqu’au Pont-Rouge (1144 m). A partir du Pied de la Maure (1144 m) quelques hectomètres plus loin, apparaissent les premiers pourcentages (7%) sur une route commune avec celle menant au col d’Allos (2247 m). Cette large route en bon état surplombe le torrent du Bachelard et dessine un premier lacet sur la droite en quittant la route menant au col d’Allos au kilomètre 4.

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L’ascension qui débute véritablement à cet instant se poursuit par un passage difficile qui offre les plus forts pourcentages de la montée (10%) pendant un bon kilomètre (6ème kilomètre) après la deuxième épingle. Cette grimpette propose alors deux autres grands lacets qui précèdent un léger adoucissement de pente à 7,5% lorsque la forêt s’éclaircie.

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Les chalets des Molanès (1500 m) apparaissent alors au décours de la dernière épingle de la montée (N°5). Ce village baptisé Pra Loup 1500 est dominé par la chapelle des Molanès datant du XVIIème siècle que l’on laisse sur la gauche après 7,8 kilomètres d’efforts. Les sommets du Pain de Sucre (2560 m) et du Chapeau de Gendarme (2685 m) dévoilent leurs cimes noires sur l’autre versant. L’ascension se poursuit au milieu de l’épaisse forêt de Sestrières sur de forts pourcentages qui flirtent avec les 9%. Vous découvrez alors sur la droite l’imposante arche construite pour les 40 ans de la victoire de Bernard Thévenet à Pra Loup « Bernard Thévenet, le tombeur du Cannibale ».

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La route qui devient plus linéaire permet de franchir le torrent de la Maure avant d’obliquer légèrement sur la droite au pied des premières remontées mécaniques. Un dernier effort devra être fourni sur une pente moins agressive afin d’atteindre Pra Loup (1630 m) et ses bâtiments en bois agencés en arc de cercle au kilomètre 9,2. Créé en 1962, « le pré aux loups » forme avec la Foux d’Allos un domaine skiable appelé Espace Lumière qui offre 180 kilomètres de pistes de ski alpin exposées Nord.

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Au final, cette ascension fréquentée ne présente pas de difficulté si l’on excepte un 6ème kilomètre plus agressif. La route est large et en parfaite état. La montée de Pra Loup constitue une route d’entrainement de premier choix qui permet d’aborder les hauts sommets de la vallée de l’Ubaye dans les meilleures conditions. La chaleur joue un rôle important compte tenu de l’absence d’arbres, de la faible altitude de la montée et de son exposition.

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Bernard Thévenet détrône Eddy Merckx (13 juillet 1975)

Dans cette 15ème étape du Tour 75 qui mène les coureurs de Nice à Pra Loup, Bernard Thévenet se présente au pied de la dernière ascension avec 1’15’’ de retard sur Eddy Merckx et est en passe de perdre le Tour. Le leader de l’équipe Peugeot qui ne s’est pas affolé suite au numéro de Merckx dans la descente du col d’Allos va démarrer sur les pentes régulières et surchauffées de Pra Loup. Il rattrape dans un premier temps le maillot à pois Van Impe et le hollandais Zoetemelk qu’il dépasse irrésistiblement. Le directeur sportif de l’équipe Peugeot a profité des premiers pourcentages roulants de la montée pour se hisser à la hauteur du maillot jaune afin de jauger son état de fraicheur. Le diagnostic du Dr De Muer est sans appel, il lance aussitôt à son protégé : « Vas-y Bernard, il coince, il est cuit ! ». Le français remet une dent et fond sur le belge, mais l’image de Thévenet dépassant sur la droite puis laissant sur place Merckx a échappé aux caméras de télévision.

A 2,5 kilomètres de l’arrivée, le français détrône le roi des belges qui est à bout. Son coup de pédale est heurté, il est asphyxié, sa douleur au rein suite au coup de poing reçu au Puy de Dôme s’est réveillée et tout le monde le dépasse. Le belge qui est planté sur la route voit filer devant lui Gimondi, Thévenet, Zoetemelk puis Van Impe. Il finit l’étape carbonisé en 5ème position à 1’56" du vainqueur et perd son 96ème maillot jaune qu’il ne reportera plus.

Bernard Thévenet rattrape Felice Gimondi à 1,5 kilomètres de la ligne et vole vers Pra Loup qui est visité pour la première fois par le Tour de France. Cette station peu connue du grand public acquiert soudainement une notoriété mondiale grâce au renversement du roi Merckx qui cannibalisait le Tour depuis 1969.

« Le premier maillot jaune de Thévenet »

Celui qu’on appelle Nanard endosse le premier maillot jaune de sa carrière à 27 ans avec une belle avance sur Merckx de 58’’ qui correspond exactement au retard qu’il accusait sur ce dernier à Nice.

Bernard Thévenet gagne son premier Tour de France qui arrive pour la première fois sur les Champs Elysées qui a délaissé l’anneau de la Cipale du bois de Vincennes. Sur le podium, le président Giscard d’Estaing est entouré du maillot arc en ciel et du maillot jaune : on retrouve ainsi côte à côte un empereur, un monarque et un prince.

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Bernard Thévenet restera comme le tombeur d’Eddy Merckx. Il gagnera un second Tour de France en 1977 qui marquera moins les esprits que le premier avant de se retirer du peloton en 1981.

Ecouté, apprécié et respecté dans le monde du vélo, Thévenet devient le directeur sportif de l’équipe La Redoute de Stephen Roche en 1984, puis de RMO en 1986 et 1987.

Bernard Thévenet est surtout un symbole de reconversion réussi. Le bourguignon reste le sélectionneur national qui a su faire cohabiter les égos au sein d’une véritable dream team lors du championnat du monde à Agrigente en 1994 au cours duquel Leblanc remporte la médaille d’or et Virenque la médaille de bronze.

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Il réussit également sa reconversion dans le domaine des médias en remplaçant l’excellent mais vieillissant Robert Chapatte aux commentaires du Tour de France au cours du Tour 1994. Il forme un duo mythique jusqu’en 2000 avec Patrick Chêne la voie du vélo. C’est l’heure des bons choix chez France Télévisions (Bernard Thévenet, Christian Prudhomme, Laurent Fignon, Laurent Jalabert, Alexandre Pasteur) avant les mauvais (Christophe Josse, Cédric Vasseur) puis les très mauvais (Henri Sannier, Marion Rousse, Thomas Voeckler).

Thévenet rejoint également Christian Prudhomme avec lequel il a formé de 2001 à 2003 un autre excellent duo de commentateurs dans l’organisation du Tour de France chez ASO. A partir de 2010, la direction du prestigieux critérium du Dauphiné lui est confiée.

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