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Col de la Croix de Fer

  • Altitude : 2064 mètres
  • Département : Savoie (73)
  • Région : Auvergne Rhône Alpes
  • Catégorie : HC

Montée depuis le barrage du Verney :

Distance : 31,6 km – Dénivelé : 1502 mètres – Pente moyenne : 5,4 % - Pente maximale : 12 %

  • Longueur : /5
  • Paysage : /5
  • Difficulté : /5
  • Trafic : /5

/20

Location de vélo :

A paraitre

Le raid solitaire de Gert-Jan Theunisse (19 juillet 1989)

Cette étape de 165 kilomètres propose aux coureurs trois monuments le Galibier, la Croix de Fer puis les 21 virages de l’Alpe d’Huez. 6ème du général au départ de Briançon, le maillot à pois Gert-Jan Theunisse s’échappe et franchit en tête le col du Galibier devant Franco Vona et Laurent Biondi. Dans la longue descente qui mène à St Michel de Maurienne, ces trois coureurs sont rejoints par huit contre attaquants et se présentent à St Jean de Maurienne avec 1’15’’ d’avance sur le peloton.

Le hollandais profite de la difficile ascension de la Croix de Fer pour partir seul et réaliser un numéro digne du cyclisme d’avant-guerre. Lors de cette montée en palier, Robert Chapatte fait remarquer à Patrick Chêne qui commente son premier Tour de France que le maillot à pois profite des portions plates et de descente de ce long col pour maintenir son avance. Theunisse qui « a encore de l’huile dans la lampe » selon l’inventeur du fameux théorème lutte contre un vent défavorable mais franchit en tête le col de la Croix de Fer 1’27’’ devant le peloton. Toujours à portée de fusil au cours de cette étape, le coureur de la PDM hésite à se relever dans la vallée de l’Oisans mais poursuit finalement son effort. Theunisse parvient à résister à un peloton sous pavillon espagnol lancé à sa poursuite.

Au Bourg d’Oisans, le hollandais possède 4’14 d’avance sur le groupe des favoris et aborde les 21 virages avec un matelas confortable. Le coureur à la longue chevelure remporte une victoire d’anthologie après un long raid solitaire. Le natif d’Oss aux Pays Bas s’offre son unique bouquet sur le Tour de France et remonte à la 4ème place au classement général qu’il conservera à Paris. Après avoir regardé avec gourmandise le maillot à pois de Rooks l’été précédent, Theunisse s’assure d’être le meilleur grimpeur du Tour 89 suite à sa moisson de points entre le Bourg d’Oisans et l’Alpe d’Huez.

croixdefer Tour de France 1

Dans le groupe des favoris qui comprend Greg Lemond le maillot jaune, Laurent Fignon, Pedro Delgado et son équipier Abelardo Rondon ainsi que Marino Lejarreta, le double vainqueur du Tour démarre à quatre kilomètres de l’arrivée. Cyrille Guimard qui connaît bien Greg Lemond pour l’avoir amené au plus haut niveau remarque que la gestuelle de l’américain traduit une journée sans et intime l’ordre au français d’attaquer. Le californien perd 1’19 sur le parisien qui reprend le maillot jaune pour 26’’.

Cette étape marque l’apogée de la carrière de Gert Jan Theunisse, le coureur ne connaitra plus la lumière sur le Tour de France après 1989*. Le maillot à pois de cette édition appartient à la mystérieuse équipe hollandaise PDM qui comprend également dans ses rangs le dauphin et meilleur grimpeur du Tour 88 Steven Rooks (cf col du Glandon).

A l’instar de la Sky dans les années 2010 avec Bradley Wiggins, Geraint Thomas et Wout Poels, cette équipe transforme de nombreux rouleurs en coureurs capables de rivaliser en montagne avec les grands talents du peloton Fignon, Lemond ou Herrera. Mais la belle histoire sera ternie par les révélations d’anciens pensionnaires de cette école néerlandaise du vélo.

En 2009 dans son livre « Het Laataste Geel » que l’on peut traduire par « le dernier jaune », Steven Rooks avoue s’être dopé à la fin des années 80 à l’hormone de croissance. Son ancien équipier Dag Erik Pedersen assure que son leader prenait également de l’EPO en 1988, ce qui relance le débat sur la date d’apparition de cette hormone dans le peloton que l’on situe autour de 1991.

Cette équipe controversée apparait comme le précurseur d’une nouvelle forme de dopage désormais médicalisée. Les coureurs subissent des prélèvements sanguins plusieurs fois au cours de la saison dans un laboratoire aux Pays Bas dont les valeurs sont corrigées par la prise de pilules. « La préparation » est étoffée pour ceux qui disputent le Tour par ce qui devait être l’EPO selon le norvégien. En effet, l’EPO recombinante serait apparue en octobre 1987 dans le monde du sport dans cadre de la préparation aux J.O d’hiver de 1988 à Calgary (Mais c’est bien connu, le dopage n’existe que dans le vélo et dans aucun autre sport).

« Une équipe controversée »

A la fin des années 80, l’étau se resserre sur l’équipe néerlandaise qui amène Rooks et Theunisse au sommet. Le meilleur grimpeur du Tour 89 est contrôlé positif à trois reprises** et vit aujourd’hui avec un pace maker suite à de nombreux accidents cardiovasculaires que l’on peut imputer à une soupe trop salée pendant les années Mitterrand. L’épisode le plus spectaculaire reste l’abandon collectif de l’équipe PDM lors du Tour 91 en catimini. La communication met en avant un plat de poisson avarié puis une climatisation défectueuse là où la rumeur évoque plutôt une soupe trop salée et mal conservée… Cette défense est immédiatement fragilisée par la présence de l’ensemble de l’équipe (encadrement, soigneurs, managers, cuisiniers, attachés de presse) au sein du même établissement alors que seuls les coureurs ont présenté cet état fébrile. Dix jours plus tard, une contamination des bidons par une salmonelle servira de justification avant que ne cesse la valse des excuses lunaires.

L’équipe médicale de PDM qui avait voulu « ré-équilibrer » Greg Lemond suite à son accident de chasse lors de sa saison blanche de 1988 a par la suite été impliquée dans des affaires de dopage de premier plan (Dr Peter Janssen pour l’équipe Vacansoleil de Ricco et Mosquera et le Dr Erick Rijkaert pour l’équipe Festina). Selon la plume de Pierre Carrey de Libération, cette course à l’armement serait responsable de sept décès de coureurs professionnels néerlandais entre 1987 et 1990. Le journaliste se base sur le témoignage de Dag Erik Pederson. Ces premières expérimentations de l’EPO en seraient la raison sans que cette hormone n’ait pu être directement mise en cause lors des autopsies. Pierre Carrey cite également le Dr Peter Janssen auquel « le programme » avait été confié par PDM. Ce médecin affirme avoir maitrisé la prescription de l’EPO au début des années 90 en modifiant sa posologie tout en recommandant à ses coureurs des séances sur Home Trainer la nuit pour fluidifier le sang. Bienvenue dans les années 90 !

* Le coureur sera absent en 1990, finira 13ème en 1991 et 1992 puis abandonnera en 1994 pour son dernier Tour de France à 31 ans.

**Tour de France 1988, Flèche Wallonne 1990 et Bicyclette Basque 1990

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